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Le choix des choix

 

Il n’y a pas liberté absolue, sauf dans les rêves et les théories. Nous ne pouvons pas négliger ce qui est donné, ce qui est nécessaire, plus haut, autour, au-delà, plus profond que ce que nous voulons.

Pourtant, comme dit Spinoza, même une pierre jetée se croirait - si consciente – voler librement [1]. Tels que cette pierre, nous rêvons d’un libre arbitre qui dit « Je le veux ! ».  En fait, notre volonté a – surtout quand elle se sent libre (parce qu’on la laisse battre la campagne) - des causes qui nous échappent, cachées dans ses angles morts et limitées par ce que nous pouvons concevoir. Il paraît qu’on veut ce qu’on peut.

Ceci est bien entendu une discussion dans l’absolu. Heureusement, nous ne vivons pas dans l’absolu. La liberté de l’individu humain n’est pas une notion de l’Univers infini, elle n’est pas une question de physique ou de mathématiques mais d’action, de morale et de biographie; ce mot dit quelque chose pour nous quand nous parlons des choses que nous pouvons faire et vivre. Les autres grands discours sont de belles philosophies ou du verbiage politicien.

Dans le trop grand débat de la Liberté, je vous propose mon petit ilôt d’ingéniosité pour ceux qui agissent afin d’agrandir la quantité de leur liberté par la multiplication de leurs choix. Je sais, la qualité de nos libertés est un autre sujet.

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Je propose qu’en tant que personnes, nous n’avons pas raison à être fatalistes ; la personne habile, qui apprend, qui comprend, et qui prend initiative avec un brin de courage, trouve et se crée beaucoup de liberté, par ses choix.

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Qu’est ce que la liberté humaine, en fait ?

  •  La liberté pratique tâche- en sens positif – d’être son propre maître : de faire ce qu’on préfère, de devenir qui on veut être, d’avoir, de réaliser, ce qu’on désire.

Pourtant, étrange paradoxe, maîtriser ce que je veux, vouloir juste, respecter ma propre mesure, me donne beaucoup plus de liberté que de réaliser tout ce qui me passe par la tête. Maîtriser ce que je veux est une liberté plus haute, qui m-appartient vraiment.

  • En sens négatif – tout aussi important – liberté est de ne pas recevoir ou souffrir, de ne pas devenir, de ne pas être ce qu’on ne veut pas [2]. De ne pas être entraînés là où nous ne voulons pas aller.

En fait, apprendre à éviter ce que je ne veux pas, m’a trouve dans ma vie plus de liberté que de vaincre par la force ou par mon droit.

 

Comment être libre face à un monde où « tout est nécessaire» ?

  • Telle liberté est réalisable, malgré l’omniprésence des causalités données et nécessaires, à cause de la complexité et du désordre de la multitude. Dieu merci, il y a le Chaos !

Notre monde réel, objectif comme il nous est donné, foisonne d’entropie, de variantes et de carrefours. Ces choix incalculables, et l’aptitude d’en tirer parti, sont la source d’une liberté de fait que nous pouvons avoir, nous si petits, malgré le règne inexorable des lois et des contraintes.

Dans le réseau infini des causalités nécessaires – car c’est ainsi que notre monde matériel et même social est décrit de nos jours – il y a toujours quelque niche, quelque incertitude, occasion, quelque sentier peu battu pour être ce qu’on appelle «agent», c’est à dire un qui agit – une personne autonome, capable de commencer quelque chose de nouveau et d’inattendu. L’océan est le même pour tous, mais un tel auteur d’actes navigue sciemment dans une direction voulue. L’initiative qui surprend ou qui passe inaperçue, qui change quelque chose, est possible même depuis la position du plus faible. En vérité, les petits, parce qu’anonymes, ont souvent plus de choix que les grands trop en vue.

Les scientifiques regardent l’Univers comme entièrement déterminé et prévisible – en principe – descriptible par des formules nécessaires. Même le fortuit, l’accident et le chaos suivraient des lois statistiques. Soit ! Heureusement, quelques données manquent toujours dans les calculs; ces régularités sont si nombreuses, le désordre et l’imperfection de leur entrechevêtrement si grands, les interstices si évidents, qu’il reste toujours espoir de se faufiler, de glisser à travers les contraintes et obtenir ce qu’on « veut ».

Au comble de la société la plus surveillée, où tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire, la complexité reste telle qu’il est impossible de tout contrôler. La complication et les myriades de vecteurs de champs de force sont si immenses, les scenarios potentiels si éparpillés, qu’il reste toujours possible pour vous et moi de faire, discrètement, des choix qui comptent. Ceci, ces choix - si nous apprenons à les discerner - peuvent être nos actes de « libre arbitre ».

Pourvu que nous développions une attitude et une compétence particulière; nous accorder à la complexité du monde, tolérer l’incertitude, glisser par les interstices de ce qui entrave, requiert une main très légère, un art leste d’aller avec le courant, mine de rien… ou, parfois, le cran de trancher dans le vif. Certes, les dons pour faire ceci sont plutôt innés ; pourtant, apprendre ces stratagèmes est accessible à tous, du plus humble au plus doué, la condition étant l’ouverture d’esprit et la modestie d’être apprenti.

Laissez-moi illustrer cet art de la glisse par une antique anecdote taoïste du Quang-Tzu, un de mes penseurs favoris :

« Le cuisinier Ding dépeçait un bœuf pour le prince Wenhui. On entendait des hua ! quand il empoignait de la main l’animal, qu’il retenait sa masse de l’épaule et que, les jambes arqueboutées, du genou l’immobilisait un instant. On entendait des huo ! quand son couteau frappait en cadence comme s’il eût accompagné l’antique danse du Bosquet ou le vieux rythme de la Tête de lynx.

- C’est admirable! s’exclama le prince, je n’aurais jamais imaginé pareille technique!

Le cuisinier posa son couteau et répondit: … Quand j’ai commencé à pratiquer mon métier, je voyais tout le bœuf devant moi. Trois ans plus tard, je n’en voyais plus que des parties. Aujourd’hui je le trouve par l’esprit sans plus le voir de mes yeux. Mes sens n’interviennent plus, mon esprit agit comme il l’entend et suit de lui-même les linéaments du bœuf. Lorsque ma lame tranche et disjoint, elle suit les failles et les fentes qui s’offrent à elle. Elle ne touche ni aux veines, ni aux tendons, ni à l’enveloppe des os, ni bien sûr à l’os même. Les bons cuisiniers doivent changer de couteau chaque année parce qu’ils taillent dans la chair. Le commun des cuisiniers en changent tous les mois parce qu’ils charcutent au hasard. Mais avec ce couteau, qui lui sert depuis dix-neuf ans, votre serviteur a dépecé plusieurs milliers de bœufs et pourtant la lame est encore tranchante comme au premier jour. Car il y a des interstices entre les parties de l’animal; le fil de la lame, qui n’a pas d’épaisseur, y trouve tout l’espace qu’il lui faut pour évoluer. C’est ainsi qu’après dix-neuf ans, elle est encore comme fraîchement aiguisée. .. » [3]

Retenez ce paradigme qui coupe dans le vif. Il sert bien celui qui le comprend.

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Je le redis : Pour une personne en chair et os, comme vous et moi, le mot «liberté» clamé en général, ne vaut rien ; il a sens seulement au concret, par la nature et la richesse des choix que nous pouvons concevoir et – ultérieurement - faire. Le « combien de liberté » est toujours celui d’un domaine précisé de notre vie et dans un but défini.

  • Notre liberté peut être évaluée à chaque instant – pour chaque dessein et chaque but envisagé – par la variété et latitude des choix importants que nous sommes capables de concevoir, osons faire et pouvons faire sans subir dommage. Ne pas en avoir au moins conscience, équivaut à ne pas avoir ces choix du tout.

 

  • Mesurer combien nous sommes libres à un moment donné est examiner – pour chaque domaine qui compte pour nous ; pensée, vie spirituelle, famille, travail, action politique, vie sociale, loisir… – qu’est-ce qui facilite ou empêche nos choix : Quelle «liberté d’entreprendre» doit on avoir ou prendre, de quoi faut-il se libérer, pour faire, obtenir ou devenir, comme nous avons choisi dans ce domaine-là ? [4]

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Le point de départ pour accroître notre liberté est en nous.

Même dans la tête, il y a de nombreuses libertés plutôt qu’une seule, mais il faut les trouver. Le premier grand pas vers la liberté est l’émancipation du choix intérieur.

  • Pour naviguer à travers les labyrinthes de choses qu’il faut et de choses impossibles ou interdites, nous avons besoin, avant tout, en guise de compas - d’une citadelle mentale de liberté comprise, d’une vision du monde émancipatrice. Un Weltanschauung libérateur. Ce règne intérieur de liberté se nourrit de l’ouverture d’esprit et dessèche par son contraire, la fermeture d’esprit.

L’étroitesse, même puissante et précise, est pauvre d’esprit. Elle n’est jamais libre. Les doctrinaires rigides ont des pieds d’argile.

  • Nous devenons émancipés dans notre esprit par abondance : de repères, de nuances, de vécu, de connaissances, de culture, de pensées, de tournures d’esprit, de sentiments et d’émotions… aussi par l’expérience, l’apprentissage d’avoir voulu, réussi et failli beaucoup de choses.

Le plus je sais et je ressens sur plein de choses très diverses – et sur moi-même – le plus j’ai de quoi et avec quoi choisir. Ce trésor me rend ingénieux et inépuisable, préparé aux alternatives à la rencontre des obstacles.

Allons plus loin que la richesse d’imagination ! C’est le gouvernement de soi-même qui donne direction à notre liberté.

Le début est de toujours dénicher pourquoi je veux une chose que je veux. «Qu’est ce que me fait vouloir telle ou telle chose plutôt qu’une autre ? Y a-t-il d’autres choses équivalentes à vouloir ?» Ceci me permet de soupeser l’éventail d’options.

  • Devenir arbitre de mes désirs est un grand pas vers la liberté. Je suis libéré dans ma tête quand je me comprends et je suis conscient pourquoi je « veux » pour mieux juger si mon désir vaut la peine, s’il n’est pas simple lubie, imitation, faiblesse ou soumission aveugle à mes instincts et pulsions, ni simple ignorance des choix qui comptent..

Il y a en fait une multitude de choses à vouloir, à chaque instant, en chaque situation et qui donnent des résultats semblables. Un grand choix.

  • Souvent, en pensant, ce que je veux ne vaut pas le prix à payer. Une grande partie des objets que nous voulons, nous possèdent par le coût de les garder et par la peur de les perdre. Moult positions, charges, titres, relations, fascinent ma vanité mais en échange m’obligent et m’asservissent. Devenu conscient de ces ficelles qui me transforment en pantin, je peux – si nécessaire – m’en libérer.
  • Je peux élargir mes choix d’une autre manière encore. Chaque résultat voulu, chaque chose qui vaut pour moi, que j’ai bien réfléchie de vouloir, peut être réalisée de diverses manières, avec des moyens, des gens en des places et temps différents. Je peux traduire et sublimer. Encore des degrés de liberté. Une attitude mentale réfléchie, flexible et ouverte, dont les choix évoluent pour épouser les alentours qui changent sans cesse, accroit d’autant plus ma liberté. La rigidité et l’obstination font le contraire.

 

 

Le travail sur moi une fois fait, la liberté intérieure trouve son chemin vers l’extérieur.

Une fois clarifié ce que je veux et qui vaille, conscient des choix praticables, à travers ce qui entrave telle voie, instruit de ce dont j’ai besoin pour y réussir, le travail pour pratiquer ma liberté devient tangible. Je voix aussi qui ou quoi limite ma liberté voulue; est-ce moi-même, le manque de ressources et d’autorité, les circonstances ou d’autres gens? Je peux œuvrer pour cette liberté là. Je deviens fondé dans mon sens critique, pour revendiquer mon droit, pour chercher le moyen, le pouvoir nécessaire ou l’opportunité à le prendre. Les occasions à saisir prennent contour. Je suis prêt.

Vient le temps d’agir.

  • De même que la liberté intérieure est richesse dans l’esprit, notre liberté manifeste, extérieure, peut être jugée, pour chaque domaine important, par la gamme et la portée de choix notables que nous pouvons décider et mettre en application [5] – sans être gravement lésés – concernant nos actes, ce que nous ne faisons pas, ce que nous rejetons…

 

Notre plus grand domaine de liberté est la liberté de communiquer.

 

L’homme moderne agit par l’acte bien entendu, mais le plus souvent son acte est la parole. Nous faisons des choses avec des mots.

  • Dans le monde, nous sommes libres tout d’abord par la diversité de ce que nous pouvons exprimer et communiquer avec sincérité – ou au moins avec habilité. Pourtant, pour amplifier cette communication, nous avons besoin de plus qu’une «liberté d’expression » autorisée. Nous avons besoin de connaître et de maîtriser beaucoup de mots et de manières de communiquer. Avec cette maîtrise, notre liberté d’être quelqu’un, d’exprimer et donner portée à ce que nous pensons, de faire des choses avec des mots va trouver sa voie même dans des situations et des mondes qui ne sont pas libres.

C’est pour cela que la culture générale classique ; la littérature, l’Histoire, les langues, les arts, la rhétorique, jadis enseignées à l’école réservée à la éducation d’élites forment l’éducation des gens libres et leur réduction en faveur d’« expression simple, choses utiles et accessibles à tous» sont la voie de la servitude des gens. Avec peu de mots mal maîtrisés, timides, l’homme est relégué parmi les opprimés même dans un pays « libre ».

 

En final, la liberté prend corps dans le choix effectif d’agir, de faire ou ne pas faire.

  • Dans la vie qu’on vit, on est libre quand on pratique constamment un vrai choix de choses qui comptent, qu’on peut faire ou ne pas faire, subir ou rejeter, être ou éviter d’être.
  • Nous sommes libres quand par delà du savoir qu’il y a des choix et nos rêves de liberté nous procédons à ces choix et persistons en ce que nous avons choisi de manière qu’il devienne vrai pour nous de dire : « Ce qui m’arrive est de mon propre fait. »
  • Telle liberté s’accroît avec l’énergie, le courage, le savoir-faire, l’effort et la résilience, en devenant capables de se dépasser et de naviguer de longs périples à travers difficultés, contraintes et obstacles. La liberté n’est pas pour les paresseux.

Je juge être libre en mes paroles et faits lorsque je me sais responsable de ce que je dis et fais. Si vous n’êtes pas responsable, vous n’êtes pas libre ; si vous n’êtes pas libre, vous n’êtes pas responsable, au plus un executant ou un complice. 

En fin de journée, nous sommes libres quand nous regardons en arrière à ce que nous avons accompli – avec succès ou non – et nous sommes satisfaits par nos choix au lieu de découvrir qu’on nous a dupés à mal vouloir, ou pire, que nous nous sommes trompés de chemin, vaincus par l’erreur, l’obstination et la faiblesse.

*

Si vous voulez libérer les gens, rendez-les conscients de la multitude des choix ; dans l’ignorance,  sans éducation pour faire des choix, ils restent esclaves même dans des pays tout à fait démocratiques.

 

Pourtant…Est-ce que les majorités veulent vraiment être libres ?

Etre libre requiert aux gens de comprendre et penser aux choses compliqués, avec leur propre tête ; pourtant, la plupart des grands publics préfèrent qu’on rende les choses simples pour eux.

La liberté rend responsable. Souvent je vois qu’a plusieurs nous évitons la responsabilité.

La liberté prend risque à faire autre chose, à surprendre autrui avec l’incertitude et de se faire surprendre avec l’inconnu. La multitude a horreur du risque et réagit mal aux surprises.

Etre libre requiert initiative mais le bon peuple anonyme est paresseux.

Qui veut être libre en fait ? D’après Etienne de la Boétie, nous tous, en tant que foule, souffrons d’une fascination de la servitude volontaire [6].

Si vous cherchez une grande liberté, rappelez-vous donc la fable ésopique du chien enchainé mais nourri et du loup qui a préféré au collier, le froid et la disette de sa liberté.

Méfiez-vous aussi de faire de la liberté un idéal unique, excessif, aux dépens de toute autre chose. L’obsession de la liberté consomme la vie sans porter beaucoup de fruits. J’ai fait cette erreur de vie pour constater trop tard le prix: toujours préoccupé à devenir et rester libre j’ai négligé de construire et réaliser le plein de ce que mon héritage m’aurait permis. Quel gâchis !

En somme, pour être libre faites vos choix !

En ce qui me concerne, je veux toujours être libre, défendre ma liberté et l’accroitre. D’autre gens font de même, d’après ce que j’ai observé et lu. Ces pages sont écrites pour nous, le épris de liberté, prêts d’en payer un prix. 

Même pour cette minorité, le fait est que pour la plupart nous ne faisons pas attention à combien il y a de choix et acceptons des alternatives préfabriqués par autrui : autorités tels des maîtres d’école, maîtres à penser, spécialistes, petits chefs et tyrans de toutes sortes. Plus haut, les dogmes de religion, de méthode ou d’idéologie, les systèmes de pensée qu’on nous révèle comme indiscutables, ne sont pas des choix mais plutôt des abandons. On nous mène en bateau.

Trop de dés qui nous sont présentés avec impudence sont pipés de préjugés, d’options incomplètes et même insoutenables comme le « Choix de Sophie » [7]. Ne nous laissons pas acculer !

Pour vivre libre rappelez-vous : très souvent, il y a un choix des choix qu’on nous propose.

Ne laissez pas vous dire : « Le choix est ceci ! » mais plutôt pensez : «Voici quelques choix, voyons s’il y en a encore d’autres.»

Ne confiez pas à autrui de décider quels sont les choix qui existent, ne laissez pas un autre choisir les choix pour vous.

Ioan Tenner 2016

 

http://wisdom.tenner.org/blog/freedom-is-the-number-of-choices-you-can-make © 2011 - 2016 Ioan Tenner

 

Notes

[1] Spinoza, LETTRE XXIX. (O.P. : LXII ; C.A. : LVIII) p.59-60, in SPINOZA LETTRES, TRADUIT PAR E. SAISSET (Ed. 1842), http://www.spinozaetnous.org :

"Une pierre soumise à l’impulsion d’une cause extérieure en reçoit une certaine quantité de mouvement, en vertu de laquelle elle continue de se mouvoir … Concevez maintenant, je vous prie, que cette pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, soit capable de penser, et de savoir qu’elle s’efforce, autant qu’elle peut, de continuer de se mouvoir. Il est clair qu’ayant ainsi conscience de son effort, et n’étant nullement indifférente au mouvement, elle se croira parfaitement libre et sera convaincue qu’il n’y a pas d’autre cause que sa volonté propre qui la fasse persévérer dans le mouvement. Voilà cette liberté humaine dont tous les hommes sont si fiers. Au fond, elle consiste en ce qu’ils connaissent leur appétit par la conscience, et ne connaissent pas les causes extérieures qui les déterminent. C’est ainsi que l’enfant s’imagine qu’il désire librement le lait qui le nourrit; s’il s’irrite, il se croit libre de chercher la vengeance ; s’il a peur, libre de s’enfuir. C’est encore ainsi que l’homme ivre est persuadé qu’il prononce en pleine liberté d’esprit ces mêmes paroles qu’il voudrait bien retirer ensuite quand il est redevenu lui-même; que l’homme en délire, le bavard, l’enfant et autres personnes de cette sorte sont convaincus qu’ils parlent d’après une libre décision de leur esprit, et non par un aveugle emportement." pp 59-60

 [2] Pour comprendre les notions de liberté négative et positive lire Berlin, I. (1958) “Two Concepts of Liberty.” In: Isaiah Berlin, Four Essays on Liberty, Oxford University Press, Oxford, 1969. A noter que Berlin – le philosophe qui a fait connaître les notions originales de liberté positive et négative – les définit différemment, pour lui, la liberté positive est la « liberté de.. », d’être son propre maître, l’instrument de soi-même, celui qui agit, ou au moins paricipe à la gouvernance de sa vie ; liberté négative est pour Berlin d’être « libre de » d’obstacles, coercition, d’autrui, pour pouvoir agir.

 [3]Yangshengzhu, 3/b trad. Jean-François Billeter notes de cours Univ. de Genève, Eté 1998. Voir aussi: Jean François Billeter, Leçons sur Tchuang-tseu, Ed. Allia, Paris, 2004, p. 15-16

[4] La description « en triade » de la liberté en tant que chose précise et intelligible, est proposée par MacCallum, Jr., Gerald, C., Negative and Positive Freedom, The Philosophical Review,  Volume 76, Issue 3 (Jul.,  1967), 312-33 : « … la liberté est ainsi, toujours de quelqu'un (un agent ou des agents), de quelque chose, de faire, de ne pas faire, de devenir ou de ne pas devenir quelque chose ; c’est une relation en triade. Prenant le format « x est (n’est pas) libre de y, pour faire (ne pas faire, devenir, ne pas devenir) z ». x représente des agents, y se réfère aux conditions qui empêchent – contraintes, restrictions, interférences, et barrières. z couvre le domaine des actions, conditions, caractères ou circonstances. »

[5] Cette mesure qualitative des choix, concerne la liberté vécue de la personne, riche ou maigre à un moment et dans un contexte donné. Je préfère cette évaluation au lieu de l’explication passive et soumise de « la nécessité comprise » ou de l’illusion de « libre arbitre » et encore moins d’un rêve fou  en déni de toute causalité, qui se donne licence de faire n’importe quoi. Certainement, la liberté vécue par l’homme n’a pas à se conformer aux définitions des philosophes, ni des politiciens ; le bon sens et le bien être doivent définir ce qui est la liberté.

[6] Etienne de la Boétie, Discours de la Servitude Volontaire, 1574

[7] IMDB  « Le choix de Sophie » (Sophie's Choice) (1982) Alan J. Pakula, d’après le roman de William Styron 1979 

 

*Image:  Les gyres du cerveau penseur, un labyrinthe de choix... cc 4.0 Wellcome Images    

 

  

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